Traitement chirurgical d’un calcul urétral chez un lapin de compagnie

Cas clinique

  • Un lapin de compagnie mâle, âgé de 3 ans, est présenté en consultation pour une dysurie et une baisse d’activité évoluant depuis 24 heures. Le propriétaire signale une strangurie et une probable hématurie, sans anurie.
  • À son domicile, le lapin est maintenu en cage dans une pièce calme aux paramètres environnementaux corrects (température, hygrométrie, absence de substances nocives).

Auteurs : Drs. Lucas Flenghi, Céline Levrier et Christophe Bulliot 10-07-2017
Service NAC – 
Centre Hospitalier Vétérinaire des Cordeliers,
29 avenue du Maréchal Joffre, 77100 Meaux.
E-mail : nac@chvcordeliers.com


 

Traitement chirurgical d’un calcul urétral chez un lapin de compagnie

  • Son alimentation est constituée d’un mélange de graines bas de gamme, de foin et d’aliments frais (salade et pomme).
  • La boisson est apportée par un biberon changé quotidiennement.
  • L’examen clinique montre un lapin alerte, un abdomen modérément sensible et une vessie en réplétion, mais pas de globe vésical. Sa manipulation déclenche une miction spontanée sur la table de consultation. Une masse dure est palpable à la base du pénis. Le reste de l’examen clinique est normal.

Examens complémentaires

L’hématurie est confirmée par la réalisation d’une bandelette urinaire sur les urines émises.
Une radiographie de la totalité de l’abdomen indique la présence d’un unique et volumineux calcul urinaire urétral (environ 2 cm).
L’examen biochimique ne révèle pas d’anomalie.

Photo 1 : Radiographie mettant en évidence un calcul urétral.

Diagnostic et traitement

Le diagnostic est celui d’un calcul urinaire urétral à la base du pénis. Le lapin arrive étonnamment à uriner malgré une strangurie modérée. Un traitement chirurgical est entrepris.
La prémédication anesthésique repose sur l’administration d’un morphinique (buprénorphine 0,05mg/kg par voie sous-cutanée ou SC), d’un anti-inflammatoire non stéroïdien (méloxicam 1 mg/kg SC), d’un préanesthésique (midazolam 0,5 mg/kg par voie intramusculaire) et d’un antibiotique (triméthoprime/ sulfadiméthoxine 30 mg/kg SC).
L’induction se fait dans une cuve à induction à l’aide d’un mélange oxygène et isoflurane. Un relais au masque est effectué, puis un système supraglottique (Vgel®) est positionné pour le maintien de l’anesthésie. Une préparation chirurgicale aseptique est ensuite entreprise.
L’évacuation du calcul par les voies naturelles ou sa rétropulsion dans la vessie en vue d’une cystotomie par instillation de sérum physiologique via une sonde urinaire à chat sont impossibles en raison de sa taille.
Une urétrostomie est pratiquée sur un côté du pénis. Une incision cutanée dans l’axe de l’organe est réalisée sur 1 cm à sa base.
Le praticien procède ensuite à une dissection mousse jusqu’à l’urètre en regard du calcul, puis à une incision de celui-ci en s’appuyant sur le calcul jusqu’à ce qu’il puisse être extrait.
L’urètre et la peau sont suturés par des points simples respectivement à l’aide d’un fil monofilament résorbable déc. 4.0 et d’un fil tressé résorbable déc. 3.0.
La diurèse reprend sans difficulté et le lapin reçoit des soins postopératoires classiques (antibiothérapie et analgésie).

Photo 2  : Incision latérale au pénis

Photo 2 : Incision latérale au pénis

Photo 3 : Extraction du calcul urétral

Photo 3 : Extraction du calcul urétral

Photo 4 : Repérage de l’urètre avant sa fermeture

Photo 4 : Repérage de l’urètre avant sa fermeture

Photo 5 : Observation du calcul

Photo 5 : Observation du calcul

©Toutes les photos de cet article ont été faites par le Dr. Christophe Bulliot et lui appartiennent.

Discussion

Étiologie et prévention

Chez le lapin, une absorption passive de tout le calcium alimentaire s’effectue au niveau digestif.
Le calcium en excès est excrété par voie urinaire d’où sa présence physiologique dans les urines chez cette espèce.
Les calculs urinaires sont principalement composés de carbonate de calcium, de phosphate de calcium et d’oxalate de calcium.
Les principaux facteurs favorisant leur apparition sont une diminution du volume des urines (secondaire à un manque d’abreuvement, à une température environnementale trop élevée et à une hygrométrie trop basse) et une sédentarité à l’origine d’une sédimentation du calcium urinaire.
La vie en liberté dans une pièce sécurisée ou en enclos intérieur avec un bac à litière est conseillée pour tout lapin permettant le maintien en suspension du calcium dans les urines lors de l’activité physique.
Un accès permanent à de l’eau fraîche est nécessaire ; elle sera idéalement distribuée en écuelle, ce qui favorise la prise de boisson.
Le rôle d’un apport excessif alimentaire en calcium n’a pas été confirmé, mais une correction alimentaire peut être conseillée pour limiter la récidive avec l’apport d’un foin pauvre en calcium, type timothy, voire de granulés spécialement formulés pour les lapins à troubles urinaires (Vetcare Plus® Urinary Tract Health Formula de Supreme PetFood).
Le passage d’un calcul vésical à une position urétrale peut survenir à la suite de l’administration d’antalgiques et de spasmolytiques pour le traitement à l’aveugle d’une cystite sans recherche radiologique préalable d’urolithe.
Lors de suspicion de maladie urinaire chez le lapin, une radiographie de l’intégralité de l’abdomen est nécessaire pour rechercher la présence possible de calcul aux niveaux rénal, urétéral, vésical et urétral.

Traitement

La technique chirurgicale ici décrite a l’avantage de préserver le pénis. Les complications rapportées sont des déhiscences de plaies, des fuites urinaires sur le site opératoire et une sténose urétrale.
Lors de lésions trop importantes du pénis, son ablation peut s’avérer nécessaire.

Cette dernière sera associée à une castration pour limiter les risques de frottement de la plaie d’urétrostomie en cas d’excitation sexuelle. L’évacuation par les voies naturelles par pression sur la vessie d’un gros calcul urétral est contre-indiquée en raison du risque de déchirure urétrale, de rupture vésicale et de nécrose ultérieure du pénis.

 

 

 

 

Bibliographie

  • Meredith A., Lord B. BSAVA Rabbit medicine. Gloucester, BSAVA. 2014. 236 p.
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  • Harcourt-Brown F., Chitty J. BSAVA manual of rabbit surgery, dentistry and imaging. Gloucester, BSAVA. 2013. 448 p.
  • Varga M. Textbook of rabbit medicine. Ossining, BH edition. 2013. 512 p.

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Les Indispensables chez les NAC,
Auteurs : C. Bulliot, V. Mentré

Les Éditions du Point Vétérinaire, 2016,
320 pages,
www.bit.ly/297RY5O.