Visualisation laparoscopique du testicule abdominal à droite de la vessie.

La cryptorchidie en laparoscopie chez le Chien et le Chat

Sommaire

  • La cryptorchidie est une des anomalies de développement les plus communes chez les animaux de compagnie.
  • En cas de position intra-abdominale, le ou les testicule(s) peu(ven)t être retiré(s) par laparoscopie.
  • Cette technique permet un abord minimal de la cavité abdominale ainsi qu’une bonne visualisation de la localisation testiculaire.

Auteurs : Drs. S. Ployart et S. Libermann 13-11-2010
Centre Hospitalier Vétérinaire des Cordeliers, 
29 avenue du Maréchal Joffre, 77100 Meaux.
E-mail : slibermann@chvcordeliers.com 
Cet article a été publié dans : PratiqueVet (2010) 45 : p 698-700


 

 

Objectifs pédagogiques

  • Préciser les indications et les avantages de la laparoscopie dans le traitement de la cryptorchidie chez le Chien et le Chat.
  • Connaître la technique opératoire.

Crédit de formation continue

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La cryptorchidie en laparoscopie chez le Chien et le Chat

 

La cryptorchidie ou ectopie testiculaire est une anomalie congénitale dans laquelle un ou les deux testicule(s) ne migre(nt) pas en position scrotale. Chez le Chien, la prévalence de la cryptorchidie est de 0,8 % à 10 % [1].

Le ou les testicule(s) est (sont) généralement atrophié(s) et situé(s) en position inguinale, inguino-scrotale ou abdominale.

Dans 80 % des cas, l’affection est unilatérale et le plus souvent à droite.

Les races de petite taille (Yorkshire terrier, Caniche, Chihuahua) sont prédisposées, avec une origine génétique probable.

Un testicule ectopique a 13,6 fois plus de risque de tumoriser et plus de risque de torsion, lors de position abdominale, qu’un testicule sain.

Le traitement le plus efficace est la castration [2].

En cas de position inguinale ou inguino-scrotale, le site chirurgical se situe en regard du testicule, mais en cas de position abdominale, une castration assistée par laparoscopie peut être réalisée.

Photo 1 - Position des canules

Photo 1 - Position des canules

Noter, dans ce cas, la présence à gauche d’un testicule inguinal (flèche).

Photo 2

Photo 2

Visualisation laparoscopique du testicule abdominal à droite de la vessie.

Photo 3

Photo 3

Préhension du testicule par une pince de Babcock.

Photo 4

Photo 4

Extraction du testicule au niveau du site d’insertion du canal instrumental.

Photo 5

Photo 5

Vue laparoscopique du pédicule vasculaire et du canal.

Photo 6 - Vue post-opératoire

Photo 6 - Vue post-opératoire

Noter la taille des plaies entre 0,5 et 1 cm. déférent s’enfonçant dans le canal inguinal.

Description de la technique

Le matériel se compose d’une colonne de cœlioscopie comprenant un insufflateur, une source de lumière froide, une caméra et une optique, un écran moniteur et deux trocarts qui serviront de portes optique et instrumentale.

Préparation et positionnement de l’animal

L’animal est préparé comme pour une laparotomie ; la vessie est préalablement vidangée par taxis.

L’animal est placé en décubitus dorsal, sur un plan légèrement incliné, avec la tête en position déclive pour refouler les organes crânialement (position de Trendelenburg).

La possibilité de basculer l’animal de 20° latéralement facilite la localisation des testicules sur les animaux obèses.

Technique chirurgicale

Une première canule est placée à 2-3 cm (1 cm chez le Chat) en avant de l’ombilic (Photo 1). Elle permet l’insertion de l’optique et l’insufflation de la cavité abdominale avec du gaz carbonique à une pression de 12 mmHg.

Le ou les testicule(s) est (sont) recherché(s) : généralement situé(s) de part et d’autre de la vessie, il(s) peu(ven)t cependant se trouver entre le canal inguinal et le pôle caudal du rein (Photo 2).

Une canule instrumentale est ensuite insérée sur la ligne blanche en regard du testicule abdominal, sous contrôle laparoscopique.

Une pince de Babcock permet de saisir le testicule et de le tracter hors de l’abdomen, avec éventuellement un élargissement du site d’insertion de la canule (Photos 3 et 4).

Une ou deux ligature(s) avec un fil résorbable tressé type polyglactine 2/0 est (sont) réalisée(s) sur le pédicule vasculaire ainsi qu’une ligature sur le canal déférent après extériorisation du testicule.

Le tissu sous-cutané et la peau sont refermés de façon conventionnelle.

En cas de cryptorchidie bilatérale

La procédure est identique jusqu’à la préhension d’un des deux testicules.

Le premier est alors approché du site d’insertion de la canule instrumentale. Un fil monté sur une aiguille courbe est utilisé pour traverser la paroi abdominale et le testicule sous contrôle laparoscopique ; le testicule est alors fixé provisoirement à quelques millimètres de la plaie.

Cette technique permet de conserver l’étanchéité abdominale pour la recherche du deuxième testicule. Celui-ci est extériorisé et ligaturé comme décrit plus haut. Le premier testicule peut alors être récupéré à l’aide d’une pince, juste en regard de la plaie abdominale.

Discussion

La castration chirurgicale lors de cryptorchidie est le traitement de choix pour deux raisons principales :

  • d’une part, le risque de tumorisation du testicule ectopique est non-négligeable ;
  • d’autre part, pour des raisons éthiques : un animal cryptorchide doit être stérilisé pour éviter sa reproduction et la pérennité de cette anomalie héréditaire.

Dans la technique usuelle, un testicule ectopique est retiré par laparotomie.

Une laparotomie oblige à une incision médiane ou paramédiane relativement étendue pour rechercher le testicule qui est mobile dans la cavité abdominale. Le recours à une mini-laparotomie avec un crochet à ovariectomie a été décrit.

Cependant, à cause de la faible visualisation des organes abdominaux, cette technique peut provoquer des lésions prostatiques, des avulsions urétrales ou des lésions urétérales [3]. Compte tenu de ces complications potentielles importantes, cette technique a été abandonnée.

Apport de la laparoscopie

La laparoscopie permet une localisation aisée de la position testiculaire grâce à l’insufflation et à une excellente visualisation de l’abdomen..

L’utilisation d’une pince à préhension est efficace pour saisir le testicule ainsi que pour récliner certains organes lorsque celui-ci n’est pas visible.

En cas de doute sur la localisation des testicules, les canaux inguinaux sont observés :

  • l’absence de canaux déférents et de pédicules vasculaires dans le canal signifie que le testicule est intra-abdominal ;
  • la présence de ces structures signifie que le testicule est inguinal ou que l’animal est déjà castré [4]  (Photo 5).

En cas de position inguinale, une légère traction permet de le placer dans l’abdomen et de continuer la procédure. Dans le cas inverse, la procédure est avortée et le testicule est recherché en position inguinale avec un abord classique.

Lorsque le testicule inguinal est de petite taille ou que l’animal présente un embonpoint important, il est fréquent qu’il n’ait pas été identifié. La laparoscopie permet dans ce cas d’éviter une laparotomie inutile.

Le choix de la position du canal opérateur est capital

Dans la plupart des cas, la longueur des pédicules vasculaires et du canal épendymaire permet d’extérioriser les testicules pour réaliser les sutures de manière plus aisée.

Pour cette raison, le choix de la position du canal opérateur est capital : celui-ci est inséré en regard du testicule pour faciliter son extraction.

De même, la perte de la pression d’insufflation au moment de cette extraction permet une meilleure exposition des structures vasculaires et spermatiques.

Lorsque cette extériorisation est impossible, plusieurs techniques permettent de réaliser la section intra-abdominale des pédicules.

L’électrocoagulation doit être réservée au canal déférent, la mise en place d’une ligature par un canal opérateur secondaire (nœud de Roeder, Endoloop®) ou la pose d’un clip vasculaire doit être préférée pour assurer l’hémostase vasculaire [5].

Ces techniques nécessitent néanmoins la pose d’un canal opérateur supplémentaire.

La technique décrite ici possède tous les avantages de la chirurgie mini-invasive (Photo 6). La douleur péri- et post-opératoire est moindre et la durée d’hospitalisation diminuée.

Le temps opératoire pour un chirurgien expérimenté est équivalent à celui d’une laparotomie classique mais la reconstruction abdominale est considérablement diminuée [5].

Mémo

  • La laparoscopie permet de localiser aisément un testicule ectopique et facilite son exérèse.
  • L’abord minimal de la cavité abdominale permet de réduire la douleur postopératoire et le risque de complications (sepsis, hernie, cicatrice).

 

À lire…

[1] Yates D et coll (2003). Incidence of cryptorchidism in dogs and cats. Vet Rec 152 : 502-4.
[2] Birchard SJ et Nappier M (2008). Cryptorchidism. Compend Contin Educ Vet 30 : 325-36.
[3] Schultz KS et coll (1996). Inadvertent prostatectomy as a complication of cryptorchidectomy in four dogs. J Am Anim Hosp Assoc 32 : 211–4.
[4] Miller NA et coll (2004). Use of laparoscopic-assisted cryptorchidectomy in dogs and cats. J Am Vet Med Assoc 224 : 875-8.
[5] Monnet E and Twedt DC (2003). Laparoscopy. Vet Clin North Am Small Anim Pract 33 : 1147-63.