Myasthénie grave canine : présentation atypique, démarche diagnostique et évolution clinique chez une jeune chienne
La myasthénie est une affection neuromusculaire auto-immune rare, secondaire à la production d’anticorps dirigés contre les récepteurs nicotiniques à l’acétylcholine de la jonction neuromusculaire. Si certaines formes sont relativement évocatrices, d’autres peuvent présenter des manifestations cliniques bien plus atypiques, rendant leur diagnostic particulièrement délicat.
Le cas de Lou, chienne stérilisée croisée Berger Allemand / Chien Loup de 3 ans, référée au service de Neurologie du CHV des Cordeliers pour des troubles locomoteurs évoluant depuis une semaine, illustre parfaitement cette complexité.
Une présentation clinique initiale
Lou est adressée pour des difficultés locomotrices progressives sans amélioration malgré l’administration préalable d’anti-inflammatoires non stéroïdiens.
L’examen neurologique met alors en évidence une paraparésie sévère avec démarche très difficilement ambulatoire. En revanche, les réactions posturales, les réflexes spinaux, l’examen des nerfs crâniens, la palpation rachidienne ainsi que l’examen orthopédique ne révèlent aucune anomalie significative.
Cette discordance entre l’intensité de la gêne locomotrice et la relative normalité de l’examen neurologique oriente vers une atteinte neuromusculaire potentielle, tout en maintenant un large éventail de diagnostics différentiels.
Des investigations complémentaires rigoureuses
Un bilan biologique complet (numération-formule, biochimie, créatine kinase, CRP, ionogramme, bilan thyroïdien) est réalisé et se révèle normal.
Les radiographies du bassin ne mettent en évidence aucune lésion expliquant la symptomatologie. Les radiographies thoraciques objectivent en revanche un foyer alvéolaire focal compatible avec une suspicion de bronchopneumonie, complication potentiellement secondaire à des troubles de déglutition parfois encore infra-cliniques.
L’IRM lombosacrée ne révèle aucune anomalie structurelle expliquant les signes locomoteurs.
Un examen électrodiagnostique complet (EMG, études motrices et sensitives, F ratio, stimulations répétitives) est également entrepris, sans anomalie significative détectée.